À propos du peintre qui peint des toiles de la couleur des murs où elles sont accrochées
On connaissait déjà ce fameux peintre du dimanche qui ne peignait que le mardi et qui devint pour cela le précurseur de l’art dit de résistance, conceptuel, d’attitude, de posture, bref : typiquement schtroumpfesque, subventionnable et terriblement contemporain. On connaît cet autre plasticien majeur, qui, par souci de résistance aussi au modèle bourgeois, pendant quarante ans, n’a peint que des bandes verticales régulièrement espacées et qui se voit aujourd’hui offrir par l’état et le contribuable français, une exposition au Grand Palais aussi triomphale que monumentale… Et puis voici ce Claude Rutault, natif des Trois-Moutiers, dans le Poitou en 1941, qui peint ses toiles de la couleur des murs où elles sont accrochées, qui expose actuellement au Château d’Oiron (
http://www.monuments-nationaux.fr/fr/ ... d/actu/920/claude-rutault) proche de son village natal, et qui vient d’avoir une exposition chez Emmanuel Perrotin le galeriste parisien d’envergure internationale, découvreur de Murakami et de bien d’autres produits toxiques du « Financial art »….
Ce préambule pour vous vous assurer que cette chronique concerne toujours bien cette crétinerie artistique en bande organisée sévissant au sein de l’appareil d’état.
Quoi de plus crétin en effet que cette photo jointe où l’on voit l’artiste Rutault qui tient la toile qu’il a toute peinte en rouge avec son gros rouleau encore baveux, avant de la placer sur un mur peint du même rouge imbécile ?
Quoi de plus crétin que cette autre photo jointe où l’on voit, comme le dit la notice : « une toile tendue sur châssis, matériau de prédilection du peintre Rutault, devient un guide visuel : posée à plat sur des tréteaux devant une fenêtre, portant le regard sur le paysage et préférant ce paysage à sa représentation peinte ».
Quoi de plus crétin que cette exposition « dans cinq espaces successifs, de la même toile tendue sur châssis de l’artiste Rutault. À chaque présentation l'organisateur de l'exposition a le choix entre trois solutions : 1) repeindre la toile de la couleur du mur, 2) repeindre le mur de la couleur de la toile, 3) repeindre les deux d'une même couleur ».
Quoi de plus crétin enfin que cette apparition miraculeuse du concept « toile et mur de la même couleur », à Claude Rutault , enfant du petit village de Trois-Moutiers dans la Vienne, lorsqu'en 1973, repeignant les murs de sa petite cuisine ainsi qu'un petit tableau qu'il avait laissé là par providentielle inadvertance, il lui apparaît (comme Bernadette Soubirou à Lourdes) cette grandiose, fulgurante, lumineuse et divine évidence « qu'une toile et son mur cohabitent dans un rapport qui est loin d'être neutre et qu'il serait intéressant d'en rendre compte. »
Alors, me direz-vous, comment une telle crétinerie peut-elle être devenue crédible et opératoire ? Comment ce neuneu là du Haut Poitou a-t-il pu accéder à une telle notoriété ?
La première explication qui vient est celle que plus c’est gros et stupide, mieux ça passe. Mais c’est un peu court.
Moi je pense que la crétinerie ne peut être avalable que par «l’ intelligence » de son enrobage, et je crois même que plus c’est crétin, plus cela permet au dispositif institutionnel, qui en est le producteur et le vecteur, de développer un emballage d’une plus extrême sophistication théorique : habillage du « roi nu », qui devient alors une terrifiante arme de pouvoir ubuesque et d’enculturation décervelante sur les masses laborieuses et les classes moyennes.
Je pense enfin (comme je le disais dans ma chronique n° 19) que cet intense travail de crétinisation organisé institutionnellement est un contributeur amont indispensable au processus d’éradication du sens, du sensible et du métier, c’est-à-dire de dématérialisation de l’art, dont la scène artistico-financière internationale a besoin pour cette titrisation du rien, et pour la confection de produits spéculatifs sans contenu, appropriés à son économie également vidée de substance et de type virtuel… Collusion donc entre la spéculation intello du secteur public et la spéculation financière du grand marché privé… et ce n’est donc pas par hasard si l’on retrouve ce Claude Rutault, pur produit de l’intellectualité artistique d’état, chez notre Financial Art Gallery Perrotin.