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Testé pour vous : Reportage sur Golgotha Picnic
Publié par La Rédaction le 26/11/2011 22:30:00

La pièce de Rodrigo Garcia, Golgotha Picnic (écrit avec un "h" dans le script original), n'a pas fini d'être au centre de l'actualité.
A la demande de beaucoup, Raphaël Jodeau est donc allé voir le spectacle.
Il en fait un reportage comme on n'en verra pas beaucoup dans les médias.



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15h12. Toulouse. Je finis mon kebab et décide de me rendre un peu en avance au théâtre Garonne, où se joue la dernière représentation de Golgotha Picnic, la polémique du moment. En trempant mes ultimes frites dans la mayonnaise, je jette un œil aux dépêches AFP du jour. La veille au soir, la police a dû protéger les catholiques contestataires contre les attaques des contre-manifestants. « Ça va chauffer ! » me dis-je. J'aime bien quand ça bouge. Ça trompe le quotidien.

Autour du théâtre des barrières de sécurité ont été installées. Quelques manifestants sont déjà là, sagement parqués à l'endroit qu'on leur a désigné. Les barrières forment un chemin qui mènent à l'entrée du théâtre mais, avant de s'engager plus avant, il faut montrer son ticket. Je m'exécute.
Le long du chemin de fortune qui mène à l'entrée, je regarde autour de moi. Il y a très peu de policiers mais le théâtre a déployé son service d'ordre, courtois et souriant. Les manifestants deviennent un peu plus nombreux.
À l'entrée du théâtre, un homme rondouillard m’accueille avec le sourire. Il est chargé de vérifier les sacs et d'effectuer des palpations de sécurité. Je n'aime pas ça. « Moi non plus, » me dit-il hilare. Il ne manquerait plus que ça...
Puis une nouvelle consigne de sécurité : il faut laisser tout sac et manteau aux vestiaires pour pouvoir entrer dans la salle. C'est la troisième mesure et je me demande si l'étape suivante est de se mettre tout nu. On se croirait à Guantanamo. Je trouve le dispositif de sécurité disproportionné. Dehors les manifestants sont certes déterminés mais polis et souriants. Ces précautions draconiennes puent l'opération de communication à plein nez.
Une fois ces formalités effectuées je consulte l'heure. J'ai le temps de m'en griller un p'tit. Je sors dehors et rejoint les quelques personnes arrivées en avance comme moi. Tous regardent dans la même direction. Le spectacle des préparatifs de la manifestation d'en face n'est pas passionnant mais, pour le moment, c'est tout ce qu'on a. « Ouah ils sont équipés ! » s'amuse une jeune femme à côté de moi. Deux baffles ont été placées sur le toit d'une voiture. Je m'assoie, fait craquer mon briquet et regarde plus attentivement ceux que la presse assimile à des fanatiques. Quelques hommes mais surtout des femmes et des enfants, quelques soutanes. En rejoignant le groupe un homme scande « Christianophobie ! Ça suffit ! » « Ta gueule ! » crie un policier en riant. Ses deux collègues se bidonnent.
Puis la contestation prend forme. Toutes pancartes dehors, les cantiques gagnent le ciel sur un fond de fanfare rythmé par une grosse caisse. Je décide d'immortaliser la scène. Puisqu'on est manifestement au zoo, je filme.



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Le temps passe. La queue devant le théâtre s’allonge considérablement. Apparemment les gens se connaissent. Beaucoup sont venus ensemble. Au milieu, une fille présente son postérieur aux manifestants et se le claque. Je pensais qu'elle faisait ça pour rire, mais pas du tout. Elle est très énervée. J'aimerais lui demander la raison de sa fureur mais il faudrait pour cela parler à son cul : sa tête est malade. J'abandonne l'idée et préfère entrer dans le théâtre. Il est 16h03, et vu le monde, la pièce n'est pas prête de commencer.

Une longue attente plus tard, on peut enfin investir les lieux. À l'entrée de la salle, une femme survoltée remarque mon conférencier. « On doit tout laisser aux vestiaires ! » s'agace-t-elle. Je lui réponds que c'est pour prendre des notes. L'explication lui suffit.
Je rentre et prend place. La mise en scène est minimaliste. Le sol est jonché de petits pains pour burger soigneusement alignés. À gauche, quelques chaises en carré forment un lieu de pique-nique, à droite, un piano à queue, sur le mur du fond, un écran géant. La salle est petite mais largement remplie.
Je dois avouer que l'art contemporain ne m'enchante guère. J'ai vu tellement de crétineries appelées « art » par les gens soucieux d'en tirer un bon prix !... Mais l'honnêteté commande de lui laisser une nouvelle chance de me convaincre, on ne sait jamais.

Ça commence très mal. Après une courte phrase affichée sur l'écran et dans laquelle Rodrigo Garcia dit avoir honte de présenter une œuvre d'art protégée par des mesures de sécurité, une sentence apparaît : « En vérité je vous le dis, qui n’a pas le sens de l’humour n’entend rien à la vie ». Je n'aime pas qu'on me force la main. Léonard de Vinci n'a pas écrit « si tu n'aimes pas la Joconde, c'est que tu es stupide. »
Je rirai si je veux.
Les acteurs entrent.

Vous avez été nombreux à m’écrire, chers lecteurs, mais que voulez-vous au juste ? Que je vous raconte la pièce ? Que je la taille en pièces ? Que je la porte aux nues ? Assurément la raconter serait long et bien inutile. Dès que le premier acteur ouvre la bouche, c’est un interminable flot de paroles qui s’écoule jusqu’aux premières notes des Sept paroles du Christ de Haydn, interprétées au piano par Marino Formenti et qui occupe toute la deuxième partie du spectacle.
La raconter serait paraphraser son texte et là, ça m’ennuie. Non. Je vais plutôt, pour essayer de vous satisfaire au mieux, identifier les thèmes et les illustrer pour vous. Même si je ne pourrai m’empêcher de les commenter et de donner un avis, l’essentiel pour moi est de permettre à chacun de se faire un jugement.

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Quand chacun attend que les autres donnent, nous disparaissons...

 

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