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Cercles littéraires : Du crack à l'héros...
Posté par Raphael J le 11/06/2010 17:08:04

Le cercle littéraire du 8 mai avait pour thème le héros dans la littérature. Terme polysémique dans le domaine littéraire : le héros est-il construit comme un modèle ou est-il le simple support d'une intrigue ? et comment trouver des valeurs unanimes qui font d'un personnage un héros ?

Le point de vue chronologique fut pour cette réflexion un atout majeur, en effet on a pu voir que les valeurs nouvelles de chaque époque façonnaient un type dominant de héros, et qu'à chaque conception de l'héroïsme correspondait le genre majeur d'une époque.


Ainsi pour résumer, il semble que le héros de l'antiquité soit le guerrier, un demi dieu doté d'une force extraordinaire indispensable à la Cité (Achille par exemple). Ce type de héros est celui de l'épopée, dont la forme est propre à montrer l'ampleur des démonstrations de force.


Au Moyen Age, le christianisme et la société féodale ont donné une autre coloration à ce type de héros, le modèle du chevalier apparaît : il a la même vaillance mais son bras est soumis à son seigneur et à son Dieu ; alors que le héros antique pouvait se permettre l'impiété, l'orgueil et le défi de l'autorité, le chevalier incarne la piété et la fidélité.


À l'époque classique, si l'on se concentre sur la tragédie, le concept de l'honnête homme domine : l'héroïsme ne se mesure pas seulement à la force physique mais surtout à la force morale, et le héros classique est l'homme d'honneur, c'est le Cid qui, accablé par un destin contraire, fera toujours le choix de l'honneur. D'ailleurs on s'aperçoit d'une certaine continuité dans cette typologie, car le Cid est aussi un héros par ses exploits à la guerre, et son allégeance au Roi, seulement le nœud tragique se fait dans le dilemme entre son honneur et son amour et c'est là que son héroïsme éclate et le constitue en modèle.


Puis dans les romans du XIXème apparaît la nouvelle figure de l'antihéros, c'est à dire qu'on peut aussi raconter la vie d'un personnage médiocre qui ne réussit pas à percer (Frédéric dans l'Éducation Sentimentale) ou d'un personnage passionné qui aspire à faire de grandes choses mais qui en est empêché (Fabrice dans La Chartreuse de Parme, et notamment le passage de la bataille de Waterloo). Ces héros déceptifs correspondent tout à fait à cette génération romantique venue trop tard dans un monde trop vieux, pour paraphraser Musset. À ce stade de la réflexion, on a vu la difficulté de réfléchir sur la notion de héros, car le personnage principal n'est plus nécessairement un héros. Pourtant on continue à l'appeler « héros » et un nouveau sens s'ajoute aux précédents car ce terme peut désigner le « personnage principal d'une œuvre », en tant que simple élément narratologique sans référence à des valeurs.


Le phénomène se poursuit à l'époque moderne avec le Nouveau Roman, qui nie catégoriquement la notion de héros, avec celle de personnage et d'intrigue : le Nouveau Roman ne veut pas construire de personnages mais fournir un simple support à un flux de conscience et d'émotions. En effet les nouveaux romanciers considèrent le schéma narratif classique comme un carcan, qui oriente le lecteur vers des valeurs et des constructions trop référentielles. Ce renversement peut d'ailleurs trouver un parallèle dans le statut des héros modernes, puisque l'époque moderne se méfie des héros, de l'exploitation de l'héroïsme : les héros se font multiples et apparaissent dans tous les domaines (le sport, l'aventure, l'humanitaire, la politique, la science etc) ce sont des héros d'un jour médiatisés et cette explosion de l'héroïsme conduit à son absence d'unanimité et donc à sa perte. Finalement la polysémie que la notion de héros a acquis au cours des siècles l'a affaiblie.


Ce parcours chronologique a suscité de nombreuses réflexions dans l'assemblée, à commencer par son aspect nécessairement caricatural : comment par exemple situer l'œuvre de Balzac ? Comment catégoriser un tel apport de figures multiples qui ne peuvent se résumer à l'opposition héros-antihéros … le débat s'est donc élargit sur la prise en compte nécessaire des intentions de l'auteur : Flaubert entend peindre la médiocrité, Balzac lui, veut faire le portrait d'une société. De plus, l'aspect sériel des œuvres telles que la Comédie Humaine ou Les Rougon-Macquart met en avant la relation problématique entre l'héroïsme et le héros : un acte héroïque au cours d'une vie suffit-il à faire d'un personnage un héros, alors qu'on peut le retrouver dénué de toutes valeurs héroïques dans une autre partie de l'œuvre ? Une partie de la réflexion s'est ainsi appuyée sur des œuvres littéraires et des figures concrètes pour réfléchir sur les problèmes ontologiques et même moraux de l'héroïsme, tandis que des moyens proprement narratifs étaient convoqués pour discerner les différentes techniques de construction des personnages et donc pour comprendre dans quelle mesure les formes littéraires engageaient une certaine conception de l'héroïsme.


D'une manière générale, la réflexion faisait des allers retours entre l'histoire littéraire, l'histoire des sociétés et les techniques narratives et la notion de héros s'est révélée être au centre d'un foyer de problématiques variées et fécondes.







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